Qui est véritablement un homme?

Si le thème de l’égalité des sexes semble parfois dépassé, il reste toutefois très présent dans les discussions. Bien heureusement, quelques hommes s’engagent également à éradiquer ce paradigme social si réducteur.

Évoquons l’exemple d’Arunachalam Muruganantham (dit « Menstrual Man »). Il a amorcé une véritable révolution à l’aide de serviettes hygiéniques dans un pays où le simple fait de parler de « choses si sales » est tabou. De fait, seulement 7% des femmes en Inde font l’ usage de serviettes hygiéniques, et 2% uniquement dans les zones rurales.

Cela génère bien souvent des problèmes sanitaires, voire des maladies. Cette situation s’explique notamment par l’ignorance totale de la population au sujet des menstruations. Cette ignorance nourrit ainsi la honte sociale qui persiste à la seule pensée des règles. Dans un premier temps, Muruganatham a été perçu comme un pervers et a été rejeté par sa propre famille. Mais à présent, il est un entrepreneur qui a diffusé un modèle d’affaire durable dans les régions de l’Inde rurale et a renforcé le pouvoir des femmes de ces régions.  Il attribue ce succès à sa capacité de « savoir penser comme une femme ».

Ou évoquons encore le cas du père de Malala (soit Ziauddin Yousafzai), son grand courage et son amour, dont sa fille aînée, Malala Yousafzai, a hérité. En tant qu’instituteur pakistanais, il s’est toujours présenté comme un fervent défenseur du droit à l’éducation pour tous, hommes comme femmes. Il débute son TedTalk en décrivant la solennité qui a marqué le jour de la naissance de Malala : l’ensemble de la famille ainsi que ses voisins sont venus lui présenter leurs condoléances parce qu’il s’agissait d’une fille et non d’un garçon. Malgré la déception de son entourage, à la seconde où Malala a vu le jour, il l‘a aimée. Tout le long de ce TedTalk, on perçoit la fierté et l’amour inconsidéré de ce père pour sa fille, mais le moment le plus touchant de son discours vient à la fin, lorsqu’il affirme « Souvent on me demande ce qui dans l’éducation que j’ai donné à ma fille, a pu la rendre si brillante et courageuse. Je leur réponds, ne me demandez pas ce que j’ai fait. Demandez-moi plutôt ce que je n’ai pas fait. Je ne lui ai pas coupé les ailes, c’est tout. »

Enfin, je vous présenterai un dernier exemple, celui de Dustin Hoffman, un acteur de renommée internationale qui a eu une révélation sur l’influence destructrice que peut avoir la société en dévalorisant la femme en tant qu’individu. Lors d’une récente entrevue, alors qu’il décrivait son rôle dans le film Tootsie, Hoffman explique, submergé par l’émotion, que cette expérience lui a fait   réaliser la pression esthétique imposée aux femmes dans notre société au détriment de leur personnalité. Il réalise surtout le nombre de femmes intéressantes qu’il n’a pas pris le temps de connaître dans sa vie, car elle ne correspondait pas à ses critères de beauté, autrement dit ceux façonnés par la société. C’est en se posant cette simple question qu’il a eu cette révélation sur la pression imposée aux femmes par la société : « A quel point je serais différent si j’étais une femme ? ».

Ce sont ces hommes qui se montrent humains avant tout que je considère comme des véritables « hommes ». Ces derniers se posent la question de savoir à quoi ils auraient pu ressembler s’ils avaient été une femme ; ils osent « penser comme une femme », et ne coupent les ailes de personne.